GRAND -MERE ET LES DENTELLIERES

Sur la première photo, datée de 1913 et sur la deuxième (détail agrandi de la première), ma grand-mère tient mon père dans ses bras. Elle ne "fait pas couvige" comme les autres. En fait, bien que dentellière experte, comme l'était ma grand-mère maternelle (troisième photo avec mon fils Christophe dans les bras et ma nièce Nathalie), je ne l'ai jamais vu participer à ces réunions sur fond de cliquetis de fuseaux. Elle ne fréquentait pas davantage la "béate" du village. Les travaux de la ferme étaient prioritaires et seules les veillées étaient consacrées au carreau, les pieds posés bien à plat sur le chauffe-pieds garni de braises chaudes en hiver. Ses carreaux, probablement fabriqués par le grand-père, étaient personnalisés, selon l'usage, par des images pieuses. J'ignore les conditions exactes dans lesquelles s'organisait le négoce de son travail mais j'en devine l'exploitation d'autant que la dentelle s'est rapidement mécanisée. Je sais en revanche que les petits revenus tirés de sa production constituaient pour ma grand-mère une cagnotte personnelle à laquelle je dois sans doute quelques rares bonbons ou oranges